01.08.2007
Refondation de la gauche unie contre le Sarkoyéti
Quand l'Oryctérope écoute les ténors de la gauche s'exprimer, il entend qu'il faut une refondation de celle-ci, unie toutes tendances et toutes sensibilités confondues, pour contre-balancer l'abominable homme des neiges, le Sarkoyéti.
Le PCF est alors, par nécessité, présenté comme une force de proposition, pouvant permettre à une gauche unie de lutter contre les projets despotiques de l'UMP : fin du 49.3, droit de grève illimité dans le service public ...
Le gouvernement a présenté à l'Assemblée le projet de loi appelé communément "paquet fiscal". Voilà donc une aubaine pour la gauche de pratiquer une opposition constructive, me direz-vous ? Tel est le moment de démontrer que le PCF, le PS et les pièces rapportées de la gauche plurielle sont à même d'élaborer une critique positive, loin du dénigrement systématique, et surtout, loin de la "fausse ouverture" prônée par le Sarkoyéti ?
Vous n'y êtes pas.
L'Oryctérope s'est penché sur les 554 pages (!) d'amendements déposés par la gauche désunie, PS et PCF confondus.
On savait déjà que Mme Royal avait vendu à son électorat des solutions auxquelles elle ne croyait pas (voir l'article " Merci à Madame Ségolène Royal " - 22.06.2007), mais on découvre en lisant la succession d'objections présentées tantôt par le PS, tantôt par le PCF, qu'elles sont une série d'inepties dont le seul but est de jouer la montre.
Démonstration: le 9 juillet, amendements numéros 136 et 201 présentés successivement par 3 députés PCF (Messieurs Sandrier, Brard, et Muzeau) et par 26 députés (citons seulement parmi eux les députés Muet, lyonnais bon teint, Emmanuelli, grand défenseur de la justice sociale centrafricaine et, grâce à la solidarité des forces de progrès, "les membres du groupe Socialiste, Radical et Citoyen").
La fine pensée de cette gauche progressiste est la suivante:
Amendement n° 201: Substituer au titre du projet de loi, le suivant : "Projet de loi relatif aux heures supplémentaires et à diverses dispositions fiscales", sous prétexte que "le projet de loi dans sa forme actuelle ne comporte aucune disposition susceptible de favoriser les créations d'emploi ni la progression du pouvoir d'achat du plus grand nombre" (PS).
Amendement n° 136: Substituer au titre du projet de loi, le suivant : "Projet de loi en faveur de la rentabilité financière, de la spéculation immobilière et de la restauration des privilèges" (PCF).
Ces deux amendements, pris au hasard, ne laissent rien à envier à la quasi-totalité des 554 pages d'amendements proposés par la gauche. A tous leurs électeurs qui pouvaient se poser la question, voilà le fruit du travail des députés des 7e circonscription de Seine St Denis, 1e circonscription des Hauts de Seine, 3e circonscription des Landes, 2e du Rhône, etc ...
Un grand bravo inaugural à cette occasion à Pierre-Alain Muet (PS), qui a battu l'UMP sortant Emmanuel Hamelin dans la 2e circonscription du Rhône, et qui démontre avec brio que sa première intervention en tant que tête de liste de l'amendement n° 201 ci-dessus justifie pleinement son mandat !
Addendum du 1er août 2007 : les chambres ont entériné la loi ci-dessus. Le député Pierre-Alain Muet, qu'on attendait au tournant, s'est écrié aujourd'hui avec des trémolos dans la voix dignes de la IIIe République :
"Ce texte restera comme l'un des plus injustes et un des plus inégalitaires qui nous ait été donné d'examiner depuis ces dernières années. Il ne répond à aucun des problèmes de notre pays mais à un choix idéologique".
Question blocage idéologique, le député Muet a fait ses preuves.
23:41 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paquet fiscal, PS, PCF, Hamelin, Muet, amendement
23.07.2007
Unir n'est pas subir
Charles Millon et sa liste UNIR ont dévoilé leur 7 mesures pour Lyon (voir la note "Charles Millon: UNIR pour désunir" - 17.07.2007).
Parmi ces mesures "innovantes et décoiffantes", l'engagement de ne pas augmenter la fiscalité, grâce au "réservoir d'économies" généré par la mauvaise gestion de l'actuelle municipalité.
L'Oryctérope s'accorde pour penser que la gestion Collomb est, sous bien des aspects, une gabegie dont le seul avantage est de permettre des gains futurs, sans trop de difficultés. Pour autant, promettre une "fiscalité zéro" lorsqu'on voit la croissance moyenne des dépenses des grandes villes françaises, et qu'on sait le programme "ambitieux" de Charles Millon pour Lyon, voilà bien une promesse démagogique.
Le danger pour la droite UMP de Dominique Perben consisterait à devenir prisonnière, par peur de ne pas être consensuelle avec Charles Millon, des fantasmes politiques de ce dernier. Par peur d'être présentée comme étant à l'origine de la division de la droite, par refus du "programme" d'UNIR, présenté sous forme de diktat, UNIR peut constituer un poids qui coule les chances de l'UMP plutôt qu'il ne l'aide.
Les amis d'hier n'ont pas toujours la loyauté de l'union, et le trio Millon - Broliquier - Nardonne n'attend qu'un faux pas de Dominique Perben et de Michel Havard pour mieux justifier une liste séparée au premier tour des municipales.
13:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Charles Millon, Dominique Perben, UMP, Lyon, municipales
17.07.2007
Charles Millon : UNIR pour mieux désunir
Quelle surprise ! L'auriez-vous deviné ? Charles Millon est de retour dans la vie politique lyonnaise.
Après une déportation dorée à la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture), où il a sans aucun doute et ostensiblement contribué pendant 3 ans (ainsi que vous avez pu vous en rendre compte) à la lutte contre la faim dans le monde, cet "existentialiste chrétien" qui se dit héritier d'Emmanuel Mounier, a désobéi à l'injonction qui lui avait était faite de décuver son vin de messe loin de la future bataille lyonnaise Collomb - Perben.
Repu par ses "affaires" françaises ("oubliant" sa villa de fonction apportée par le Conseil Régional, il avait choisi un six-pièces, simple et de bon goût, dans le quartier d'Ainay). De même que les taulards font de mauvaises rencontres en détention, Charles Millon s'était, lui, fait d'honorables amitiés: Denis Broliquier, maire d'arrondissement, et l'inimitable Amaury Nardonne, logé un temps rue Grolée (çà ne vous rappelle rien ? Mais si, réfléchissez bien ...). Bref, rien que du beau monde de la presqu'île, au contraire de ce vaurien de Dominique Perben, maire d'une ville qui n'est même pas dans le Rhône.
Voilà donc le trio Millon - Nardonne - Broliquier qui reprend du galon, afin d'unir Lyon autour d'une liste municipale, qui porte le nom éponyme d'UNIR ! L'oryctérope apprécie l'humour de ces nouveaux "Marx Brothers" bien gaulois, forts de proclamer l'union autour d'une liste de division.
Scène 1: Charles Millon annonce sur RCF le 2 juillet 2007 qu'il "accompagnerait à Lyon la construction d'une liste Majorité Présidentielle qui soit la grande liste de la droite lyonnaise", prônant ainsi "le renouvellement du personnel politique à Lyon". Tiens ! L'Oryctérope avait cru comprendre qu'il existait déjà une telle liste à Lyon, coiffée par Dominique Perben. Il est vrai qu'exilé à Rome, Charles Millon n'avait peut être pas les informations récentes des trois dernières années...
Scène 2: Rien ne vaut une petite pique de temps en temps pour se créer une place au soleil. Sur le dazibao du groupe UNIR, à savoir le blog du mouvement, on peut lire des commentaires émus et larmoyants sur le sort de Christian Philip (vous savez, celui dont Nicolas Sarkozy a dit (à peu de choses près) qu'il avait autant sa place en tant que secrétaire d'état qu'un éléphant dans un bénitier).
Extrait du site d'UNIR pour Lyon:
"Même si rien n'avait été annoncé officiellement, il était légitime que Christian PHILIP puisse poursuivre son travail entamé sur les transports ou la francophonie au sein du gouvernement !"
Christian DUPRES DE LHOTE
Scène 3: Charles Millon sait bien (sinon, qu'on lui dise) qu'il ne peut pas gagner les élections. Son but est de faire perdre Dominique Perben ou de faire croire qu'il a tant de poids entre les places Ampère et Bellecour qu'il est de nouveau un acteur incontournable de la politique locale. Devenant de fait le meilleur ami de Gérard Collomb, Charles Millon s'accroche à la "nostalgie du balancier radical" espérant faire pencher la donne d'un côté ou de l'autre.
Scène 4: un programme "innovant et décoiffant" ! C'est ce qu'annonce Charles Millon. Et c'est en le lisant (fautes d'orthographe comprises) qu'on se rend compte que là n'est pas le problème pour lui. Il ne s'agit pas de se faire élire sur un projet, mais de se trouver un recoin au chaud près du radiateur (certes, les hivers sont plus froids à Lyon qu'à Rome). Il faut dire que si c'est Amaury Nardone qui a rédigé ce programme, on comprend mieux la vacuité du contenu: proposer Lyon comme ville olympique d'été ... et simultanément avoir une politique de "fiscalité zéro" appuyée sur ce raisonnement d'une profondeur nietzéenne : "nous estimons que les prélèvements actuels sont suffisant et que nous pouvons générer de fortes économies en rationalisant la gestion des dépense publiques dévolues à la Ville de Lyon". Outre le fait que l'Oryctérope estime que "suffisant" et "dépense" auraient pu s'accomoder d'un "s" même si ces mots sont excessifs aux yeux d'UNIR, l'électeur moyen approuvera toute la logique structurelle de ce genre de proposition. "La famille et les enfants sont au centre de la société": encore un socle bien consensuel du programme d'UNIR, qui prévoit plein de crèches autofinancées. Et puis un grand palais omnisport. Et puis des espaces verts partout autour de Lyon.
En lisant toutes ces idées décoiffantes, l'Oryctérope se demande pourquoi diable ne pas avoir contribué à les distiller au sein du programme UMP mené par Dominique Perben. Bien sûr, ce dernier doit être opposé à la famille et aux enfants, retif aux crèches pour les familles en pénurie, et farouche partisan du béton en périphérie de l'agglomération. Bref, deux hommes et deux choix de société.
Epilogue: l'Oryctérope attend de voir si Dominique Perben saura asseoir sa crédibilité face à cette liste d'outre-tombe menée par des zombies en recherche de gloriole. Passants partisans d'une véritable politique libérale et blasés des luttes intestines des guignols d'entre Saône et Rhône, passez votre chemin.
17:35 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Charles Millon, Lyon, UNIR, Broliquier, Nardonne
13.07.2007
"Les Echos" : un nouveau canard enchaîné ?
L'Oryctérope aime bien "Les Echos".
Il admire le modèle économique réussi de ce journal, et en apprécie la qualité d'analyse, deux facteurs qui en ont fait, à juste titre, le premier quotidien économique français.
En lisant l'analyse de Paul Fabra, dans le journal du 6 juillet, l'Oryctérope se pose des questions. Loin de contester la qualité rédactionnelle de Paul Fabra, éditorialiste dont la plume sinueuse mais précise et intelligente ne peut être accusée de "simplisme économique", l'Oryctérope conteste vivement le mécanisme qui conduit l'ensemble du personnel de ce quotidien à s'élever contre le probable rachat de leur entreprise par Bernard Arnault.
Premier argument régulièrement soulevé contre le rachat d'un journal économique ou d'opinion: la presse n'est pas une marchandise comme les autres ! Il ne faut pas considérer ce secteur, dans la mesure où il traîte de la liberté de penser et de critiquer, comme un vulgaire supermarché. Dont acte. Les mesures prises en ce sens pour préserver l'intégrité du journalisme sont réelles, la clause de conscience en étant la forme la plus exacerbée.
Nombre de quotidiens, d'hebdomadaires, ont été ou sont sous la coupelle d'intérêts économiques individuels. François Pinault a acheté en son temps, "Le Point". Pour autant, ce magazine n'a pas fait preuve, lors du houleux combat sur Gucci à la fin des années 90, d'un tropisme en faveur du propriétaire d'Artémis. Il est vrai que Bernard Arnault ne s'encombre pas des mêmes précautions de séparation de ses intérêts privés et des actifs de son groupe (LVMH), n'hésitant pas à puiser dans ce dernier les ressources humaines pour créer ses jouets patrimoniaux ("Zebank", Net-économie, etc...).
"Les Echos" appartient depuis de nombreuses années au groupe britannique Pearson: il est étonnant de lire Philippe AUBERGER, membre du comité monétaire du conseil de la Banque de France, affirmer de manière péremptoire qu' "il est certain que la disparition possible d'une partie des publications[françaises, ndlr] risque de reduire encore le lectorat et surtout d'accroître l'influence de la presse anglo-saxonne, qui n'attend que cela et serait trop heureuse d'étendre son influence sur nos grands acteurs économiques". Ah, monsieur Auberger, si la presse étrangère nous amenait à remettre en cause l'opulence du conseil général de la Banque de France, par ces temps de décision monétaire européenne, l'Oryctérope n'en serait pas marri !
Un journal économique n'est donc pas un bien comme les autres. Fort bien. Nous revoilà sur les pentes chauvines de l'exception culturelle française, portant aux nues, en son temps, Canal + (qu'on me montre en quoi Canal + contribue, autrement que par les financements dédiés au cinéma qui lui sont imposés, à une quelconque culture française ?).
L'objectif d'un journal d'opinion est de satisfaire son lectorat, apte au jugement et à l'appréciation de l'existence de l'équité des écrits journalistiques, à lui fournir une analyse dont les lecteurs sont seuls juges, dans le temps, de la validité et de la pertinence, et d'apporter une rentabilité suffisante aux actionnaires qui assument indirectement le risque rédactionnel et directement le risque capitalistique.
C'est ainsi que les actuels actionnaires de "Libération", qu'on ne peut soupçonner de gauchisme forcené, ne se sont pas opposés au "virage à gauche" de ce quotidien, qui bat de l'aile mais garde toute sa place dans le journalisme d'opinion en France.
L'équité journalistique est issue des équilibres en présence et non d'un utopique cantonnement du directeur de la publication et de ses équipes.
La dépendance des "Echos" au sein du groupe Pearson a-t-elle inhibé la force rédactionnelle du quotidien ? Est-ce le cas pour "La Tribune", sauvée par les actionnaires qui l'ont rachetée alors qu'elle frisait le dépôt de bilan et qui ont pris le risque capitalistique de remettre en piste ce quotidien ? Sa présence sur le marché de la presse est-elle sujette aux fourches caudines de son actionnaire principal ? Vaut-il mieux avoir un journal dont le capital est détenu par un groupe économique puissant, présentant selon les dires de Paul Fabra le risque d'interventionnisme rédactionnel direct ou indirect, ou au contraire que "Les Echos" soit filiale d'un groupe de presse ou de communication, avec un risque bien plus fort encore d'intrusion politique ?
Quelle solution proposez-vous concrètement, Paul Fabra, pour le groupe Pearson, qui souhaite extérioriser son investissement ? L'empêcher de vendre ?! Une société des lecteurs ? Le contrôle par l'état ou les collectivités locales ? La seule publicité ?
Paul Fabra écrit que la clef d'un "journalisme libre et épris de vérité réside dans le bonheur de chacun des journalistes à travailler". L'Oryctérope comprend donc que sous l'aulne de Bernard Arnault, les journalistes des "Echos" seraient asservis, enchaînés, loin d'un idéal bonheur rédactionnel.
Après le "Tout Sauf Sarkozy", voici donc le "Tout Sauf Sephora", qui risque bien de paraître, ne vous en déplaise, Paul Fabra, comme une lutte d'une certaine intelligentsia parisienne contre la réalité et les évolutions du monde économique présent. A sous-estimer le rôle de décideur in fine du lectorat, vous omettez que pour un journal comme pour toute autre marchandise, faute de clients, vous n'aurez plus à vous élever contre tel ou tel actionnaire.
Foi d'Oryctérope, l'autoritarisme intellectuel n'est pas là où l'attend.
Addendum du 12/07/2007: Le groupe Fimalac, de Marc Ladreit de Lacharrière, lance une offre ferme (seule condition suspensive: l'approbation de cette offre à la majorité de 55% par l'AG des journalistes) en vue du rachat du quotidien. L'opération a du sens pour les deux parties: pour Fimalac, compléter un pôle Informationsdéjà substantiel: Algorithmics et Fitch IBCA) et pour "Les Echos" d'avoir un actionnaire de référence stable et solide. Ceci n'enlève rien aux réflexions initiales de l'oryctérope sur l'offre de LVMH. Des esprits retords pourraient même mettre en cause l'indépendance future du journal par rapport aux activités d'Algorithmics, société spécialisée dans la gestion quantitative et opérationnelle des risques financiers et donc prestataire de nombreuses banques et établissements financiers. Mais cela ne posera aucun problème à l'équipe rédactionnelle des Echos, puisque le chevalier blanc est celui d'une opinion commune, celle des journalistes et non celle de l'actionnaire. Pas plus que le souvenir que Fimalac avait cédé en son temps son pôle magazine (Valeurs Actuelles, Le Journal des Finances) à Dassault ... au motif d'absence de synergies avec Fitch.
Paul Fabra justifiait par la quête du bonheur son rejet de rejoindre le groupe LVMH; Bossuet a écrit, en son temps: " l'opinion dispose de tout; elle fait la beauté, la justice et le bonheur, qui est le tout du monde". Parions que vous ayez raison, Monsieur Fabra.
17:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Les Echos, Fabra, Arnault, rachat, indépendance, presse, Fimalac
Politique de la culture à Lyon : le modèle de Fouquet ?
Trop c'est trop !
Sous prétexte que la culture est publique et que celle-ci doit être accessible à tous les oryctéropes de Lyon, donc sous couvert de bons sentiments, la ville gérée par Gérard Collomb, maire en titre et accessoirement président du Grand Lyon et de nombreuses associations ou régies culturelles locales, procède à une gabegie inacceptable des deniers publics. L'Oryctérope s'insurge contre celà et propose une solution, pour que la culture à Lyon continue d'être accessible (sans être hermétique), populaire (sans être somptuaire) et bien gérée (sans être gaspillée).
Prenons l'exemple de 5 institutions importantes et visibles de la culture à Lyon: l'Opéra de Lyon, le Théâtre des Célestins, les biennales de la Danse et des Arts Contemporains, La Maison de la Danse, le Théâtre de la Tête d'Or.
Les statuts : au petit bonheur la chance ...
Aucune de ces 5 institutions n'a le même statut: l'Opéra est une association loi de 1901 présidée par Mr Collomb et les conseillers municipaux formant la majorité des administrateurs, l'établissement est de fait géré par la ville. Le Théâtre des Célestins est une Régie Municipale. Le maire de Lyon préside l'association des Festivals Internationaux, qui organise chaque année les biennales de la Danse. la Maison de la Danse est une coopérative de production (SCOP), gérée par ses salariés. Le Théâtre de la Tête d'Or, enfin, est un théâtre privé, recevant des subventions publiques.
On a là 5 établissements et 5 statuts différents. Qui peut expliquer clairement la justification et l'hétérogénéité des statuts: pourquoi l'Opéra ne serait-il pas une SCOP ? Cela est le fruit de l'histoire, bien sûr, mais il y a un manque certain de lisibilité.
La détention des actifs immobiliers: le grand jeu des chassés-croisés ...
S'il y a bien une chose dont l'oryctérope se méfie, c'est de ces mécanismes par lesquels la municipalité possède un bien qu'elle met à disposition gratuitement d'une entité. Acte de générosité ? Non, acte de confusion. Pourquoi l'économie de l'Opéra n'inclut-elle pas une location du bâtiment à la ville, alors que c'est cette dernière qui en a la propriété ? Pourquoi les travaux d'aménagement ne sont-ils pas supportés par l'Opéra, quitte à ce qu'il y ait intégration de ces travaux dans les subventions accordées par la municipalité ? Pourquoi nos élus s'appliquent-ils à maintenir des règles à géométrie variable, alors que la clarté, l'homogénité et la riqueur sont synonymes de bonne gestion ? Est-ce uniquement par négligence ? Espérons-le.
Les subventions et les aides accordées: aucune perspective du ratio recettes / dépenses ....
L'oryctérope ne raisonne probablement pas comme la municipalité actuelle. Il pense que pour qu'une initiative culturelle mérite d'être soutenue, il faut qu'elle ait un minimum de public ... Si une association culturelle reçoit en subvention 80% ou plus de son budget (certaines parviennent au taux record de 96% et même 99.8%), c'est qu'elle ne rencontre pas son public (et non que le public est ignare). Si l'oryctérope se trompe, il est prêt à créer dès septembre 2007 l'Association de l'Oryctérope Lyonnais (AOL) dont il sera le seul membre, ayant pour vocation des études poussées sur le style de vie de l'oryctérope, et financée à 100% par le contribuable lyonnais. Où sont les limites ?
L'Oryctérope préconise donc la mise en place des mesures suivantes pour rétablir une réalité dans l'univers d'Alice au Pays de Merveilles instauré dans notre belle ville:
- la création d'un "Comité Culturel" constitué pour moitié d'élus (Ville, Conseil Régional) et de représentants des associations existantes, et pour l'autre moitié de lyonnais ou d'habitants du grand Lyon, selon des modalités à préciser, afin de statuer sur les points ci-dessous :
- proposer un statut motivé et cohérent pour l'ensemble des manifestations ou institutions culturelles existantes à Lyon, de sorte à abandonner le schéma actuel, ce qui ne signifie pas que toutes seront regroupées sous un même statut, mais simplement que la décision sera la conséquence d'une réflexion responsable ;
- établir une base budgétaire claire, incorporant la notion "d'aide non payée" pour une valeur de marché (coût de la location des biens immobiliers, mise à disposition de ressources humaines, techniques, financières) pour en finir avec l'opacité du transfert de ressources actuel ;
- définir un programme d'action culturel quinquennal avec un budget prévisionnel qui devra être présenté, dans ses réalisations, chaque année, au Comité Culturel, avec une justification des écarts. Définir un seuil de dépassement maximal au-delà duquel la municipalité n'aura pas la possibilité de financer les bénéficiaires. Les subventions en particulier, devront répondre systématiquement aux conditions imposées par le législateur (là, c'est souvent le Conseil Régional qui ne contrôle rien... Citons l'exemple des avances sur financement de films, versées par la Collectivité Territoriale et qui n'ont jamais été remboursées, ainsi qu'a pu le relever la Cour des Comptes) ;
- imposer un ratio plafond, dans le cadre du plan quinquennal, des aides + subventions rapportées aux recettes (ou plutôt le contraire, le ratio étant rarement supérieur à 1 !). Cela permettra d'identifier pourquoi on maintient en vie des associations qui ont vocation à ne jamais rencontrer leur public...
Ces préconisations reposent sur une croyance forte: la subvention publique n'est pas néfaste en soi et il est inimaginable qu'une institution telle que l'Opéra de Lyon, par exemple, perdure sans ce financement public. Pour autant, elle doit être présentée et décidée dans son acceptation globale, sans coûts cachés, de sorte que la population sache - c'est bien le premier de ses droits puisqu'elle finance - ce qu'on lui sert. La mission de service public n'a rien d'incompatible avec une gestion privée, il suffit que le cahier des charges soit clair et identifie clairement ce qui relève de la subvention de ce qui relève de la dynamique commerciale. Le Théâtre de la Tête d'Or peut être pris comme exemple à cet effet. On peut imaginer décomposer la politique culturelle à Lyon en 3 pôles: la Ville de Lyon, propriétaire et bailleur des locaux, les institutions culturelles, gérées pour un certain nombre sous forme de structures de droit privé, et la Ville et les Collectivités Territoriales (Conseil Régional), associées au sein du Comité Culturel, pour le financement de la mission de service public au titre de la culture.
16:35 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, Lyon, Gérard Collomb, gaspillage
28.06.2007
"La Force de Contestation de l'oryctérope" ou le "shadow government" lyonnais
L'oryctérope l'admet : le PS a parfois de bonnes idées. Peu importe qu'elles viennent souvent d'outre-manche, où la notion de socialisme est tout autre.
Deux exemples : le concept de "démocratie participative", inspiré à la base du magazine anglais "New Scientist" qui a ensuite donné naissance à un petit livre savoureux: "Pourquoi les manchots n'ont pas froid aux pieds". Et aussi, la notion de "shadow government" lancée par Jean-Marc Ayrault, dont les origines anglaises vont jusque dans la dénomination.
Bien sûr, l'appareil de parti fît que la première de ces deux idées se perdit dans la démagogie politicienne. Quant à la seconde, le PS attendant 2008 pour choisir sa tête de file, inutile de préciser que l'idée de "contre-gouvernement" est probablement d'ores et déjà mort-née.
A Lyon, l'oryctérope pense qu'il serait bon que la droite républicaine, c'est-à-dire l'UMP, s'inspire de cette notion de "shadow government". Et pourquoi ?
Lyon est fondamentalement une ville conservatrice et sécuritaire. Les municipales de 2008, prochain enjeu électoral majeur, ne seront gagnées par la droite (majoritaire en nombre de voix, y compris au second tour des législatives) que si l'opinion publique est convaincue que la politique présente est profondément néfaste pour la ville.
Or, force est de constater que ce n'est pas le cas: habile politicien, le maire actuel a su s'attirer des sympathies dans les milieux influents, a su mener une politique de main-mise sur les média (qui n'a rien à envier aux critiques portées par le PS et par le feu Modem à Nicolas Sarkozy !) et dégage une image consensuelle, molle comme une quenelle, loin d'une politique de conviction.
L'opinion lyonnaise, endormie, se pose le problème ainsi: pourquoi risquer de perdre un maire sans aspérité et élire en lieu et place un candidat de droite qui a encore du mal à consolider son ancrage lyonnais ?
Clairement, en l'état actuel des choses, il faut réagir !
Or l'alternance politique dans un scrutin local n'est pas similaire à celle d'une élection nationale: l'équipe l'emporte sur l'idéologie, les détails de la vie courante effacent les tendances structurelles. Qui sait vraiment à qui l'on doit quoi ? Les grands travaux sont-ils de le fait de l'une ou l'autre majorité ? Quelle est la part du municipal, du regional et de l'état dans les projets achevés ? Est-ce celui qui coupe le ruban qui est à l'origine du projet ?
Tactiquement, la droite a deux handicaps à Lyon:
- les média sont acquis au pouvoir en place. Conservatisme et intérêts particuliers, sans doute.
- la campagne de LNH est, jusqu'à présent, fondée sur un projet positif et constructif pour Lyon.
L'oryctérope pense que, politiquement, c'est faire fausse route. Expérience d'oryctérope, il faut adopter une tactique de critique et de mise en exergue des insuffisances et erreurs de la gestion actuelle. Il faut convaincre les lyonnais que la gestion actuelle n'est pas en phase avec leurs attentes, et qu'ils sont dupés par l'opacité du système.
Bâtir un projet politique autour d'un schéma positif est souhaitable dans le cadre d'une enjeu électoral national ou quand on consolide une position forte et installée, ce qui n'est manifestement pas le cas pour Dominique Perben. Il lui faut donc, et rapidement, révéler aux lyonnais les travers de l'actuelle gestion.
Le concept de "contre-gouvernement" ou, en l'occurrence, de force de contestation à Lyon doit prévaloir. C'est dans la différenciation et non dans la formulation de propositions qui seront, sous une forme ou une autre, appropriées par la municipalité en place, qu'il faut se créer une dynamique et une authenticité. Et montrer que le conservatisme est à gauche.
En est-il encore temps ?
13:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Lyon, shadow government, UMP, Perben, LNH, PS
27.06.2007
Du Darwinisme en politique
Les élections législatives des 10 et 17 juin sont intéressantes politiquement à maints égards. Je m'attacherai aujourd'hui à considérer un seul point parmi ceux qui constituent des aspérités remarquables : ce que l'orcytérope appelle le "darwinisme politique".
On assiste à un renouvellement des élus (sauf en âge, la moyenne des députés dépassant les 55 ans: nous avons ainsi un exécutif "jeune" et un législatif "âgé"), surtout en mixité (20% de femmes) et en nouveaux venus. On constate aussi l'échec du retour de certains hommes politiques connus et médiatisés: Alain Carignon, Alain Juppé, Jacques Mellick...
Comme beaucoup, l'oryctérope a un goût amer en lisant ces noms: il n'est pas question de nier ce que l'un a fait pour Bordeaux, ou de revenir sur leurs frasques passées et pour au moins deux d'entre eux, sur leurs aventures judiciaires. Un condamné ayant purgé sa peine ne doit pas subir une double peine. Pour autant, est-ce que les noms de Carignon ou de Mellick peuvent avoir valeur d'exemple dans un univers politique qui doit aspirer à l'exemplarité et à l'impératif de l'intérêt général ?
Sur un autre registre, les oryctéropes parisiens ont bien entendu Alain Juppé annoncer, voici quelques années, qu'il partait en retraite. Bien sûr, comme les chanteurs et les groupes de rock, la tentation est forte de faire un retour quelques mois plus tard, l'opinion publique ayant la mémoire courte. je reviens par amour des Bordeaux et des oryctéropes bordelais affirmait Alain Juppé en substance sur son blog:
"Je m’étais engagé, en décembre 2004, à revenir dès que possible me remettre au service des Bordelais...Oui, j’ai la passion de Bordeaux et j’ai envie de travailler à nouveau, avec les Bordelais, à construire notre avenir...Nous voici donc en campagne. Rien n’est gagné d’avance. C’est avec tous les Bordelais que nous comptons bâtir notre projet pour le Bordeaux de 2015. Je vais donc y consacrer tout mon temps et toute mon énergie." [sic, Alain Juppé, le 30 août 2006]
Que le temps passe vite, foi d'oryctérope !
Comment faire croire alors aux oryctéropes gascons que neuf mois plus tard, l'appel de Paris serait prioritaire ?
Quelle que soit la beauté d'un animal, c'est sa capacité d'adaptation, sa mémoire génétique en quelque sorte, qui lui permet de survivre. La théorie de Darwin dénombre tant d'espèces sympathiques (le dodo à l'île Maurice en étant un malheureux exemple) qui n'ont pas eu l'intelligence de l'oryctérope. Mieux vaut moins pavaner devant les cochons et savoir (un peu) griffer. Aujourd'hui, plus de dodo; l'oryctérope va bien, merci.
En politique, Darwin, c'est s'adapter à une exigence et une intelligence croissantes de l'électorat.
Phase 1: comprendre qu'avec les média et la culture de l'écrit, il n'est plus possible de compter sur l'oubli.
Phase 2: ce sera de prendre en compte le changement profond du rôle des députés dans le régime présidentiel issu des urnes le 6 mai.
Ainsi, les députés qui ne comprendront pas que leur rôle est aujourd'hui amené à être tout autre, et que l'exigence de l'électorat est croissante, négligeant ainsi les deux phases ci-dessus, finiront comme le dodo... ou comme Messieurs Carignon, Juppé, ou Mellick.
C'est ainsi que les faits nous rappellent que, quoi qu'on en dise, le vote populaire est bien, par "darwinisme politique", la meilleure forme de sélection des hommes qui nous gouvernent.
18:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Darwin, politique, députés
22.06.2007
Merci à Madame Ségolène Royal !
Commentaires à froid sur les élections du 6 mai
Mme Ségolène Royal ne m'a jamais parue très sympathique, et je concède volontiers avoir une position biaisée, a priori, sur cette personnalité politique.
Toutefois, j'avoue être stupéfait par sa récente déclaration sur le non-sens des positions qu'elle a défendues pendant sa campagne:
" Ségolène Royal a aussi critiqué deux mesures du programme socialiste, « le smic à 1 500 euros brut », proposé par Laurent Fabius, et « la généralisation des 35 heures ». Deux idées « pas crédibles » qu'elle n'a défendues pendant sa campagne que « par cohérence avec le PS »." [in "Le Figaro" - 21 juin 2007]
Voilà donc la candidate d'un parti socialiste qui :
- n'a pas clairement renoncé à une alliance avec l'extrême-gauche et le Parti Communiste (près de 50 ans après la mort de Staline !),
- parvient à faire croire qu'une élection perdue avec l'UMP majoritairement absolue à la chambre doit passer pour une victoire du PS ! La capacité de désinformation du PS est telle que les média se gardent bien de rappeler que le résultat UMP de 2002 est dû en grande partie au "désistement républicain" des candidats de gauche afin d'éviter des triangulaires favorables au FN, et qu'il était logique que dans un contexte apaisé, l'UMP subisse un retrait du nombre de ses sièges à la chambre,
- est capable, six semaines après une élection, de faire dire à sa candidate préférée que les promesses prononcées n'étaient faites que pour ceux qui ont voté pour elle et en aucun cas destinées à être tenues ! Madame Royal ne nous présente plus une rupture, mais un divorce ! Je suis impatient d'entendre les réactions de François Hollande, de Laurent Fabius et de ses sbires. Si c'est la forme adoptée par Ségolène Royal pour se démarquer "de l'aile gauche" de son parti, n'eût-il pas été plus clair de l'afficher plus tôt ?
Nous savons bien que la mue politique du PS vers un véritable parti social démocrate n'est pas pour demain. Verrouillé par ses éléphants, tributaire de sa base (corporatismes syndicaux et professionnels), attaqué sur sa droite par l'ouverture du gouvernement Fillon II qui lui dérobe les ressources humaines qui pourraient mener à bien l'ouverture, le PS vit une traversée du désert.
Il est clair que si au PS, le candidat qui aurait pu être amené à diriger la République n'a d'autre choix que de suivre les pointillés d'un parti, on comprend mieux l'excommunication prononcée sur les socialistes qui ont rejoint le gouvernement récemment nommé ! Ce n'est pas une VIe République que nous promettait donc Mme Royal, mais le retour à la IVe et au régime des partis !
Mais bien sûr, cela n'empêche personne de crier et de gesticuler contre "l'état UMP", "la nécessité d'un contre-poids politique" et "l'autoritarisme de Nicolas Sarkozy et de la droite ultra-libérale"...
En une seule phrase prononcée par vous, Madame Royal, vous m'avez confirmé dans le choix que j'ai fait les 10 et 17 juin derniers de voter pour le candidat UMP à la députation de ma circonscription, et je vous en remercie.
19:05 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ségolène Royal, présidentielles, parti socialiste
20.06.2007
la réforme des droits de succession : politiquement correcte, économiquement fausse
C'est l'exemple même d'une mesure qui peut réussir à contre-courant de la logique économique.
L'oryctérope avance d'une case !
RÉFLEXION DE L'ORYCTEROPE SUR LA RÉDUCTION DES DROITS DE SUCCESSION DANS LE CADRE DU PROJET DE LOI SUR LE TRAVAIL, L'EMPLOI ET LE POUVOIR D'ACHAT
C’est une position largement répandue que celle selon laquelle les droits de succession constitueraient une ponction inique sur le patrimoine transmis, au soir d’une vie de travail, à ses enfants. De plus, ce capital ayant été, pour une bonne part, préalablement assujetti à l’impôt (sur le revenu, foncier, ISF) et aux prélèvements sociaux, la mesure peut sembler doublement condamnable.
Après réflexion, j’adopte une position différente.
On parle souvent, particulièrement quand on se réfère à la TVA, « d’impôt indolore ». Remarquons que la TVA est un impôt par ailleurs tout aussi injuste que les droits de succession puisqu’elle s’applique à des revenus préalablement fiscalisés (à l’IR). Notons aussi que l’IR devait avoir pour rôle de rétablir l’équité (et non l’égalité) et qu’une fois appliqué, s’il joue son rôle de solidarité, on a du mal à comprendre en quoi la TVA est plus juste qu’un accroissement de l’IR. Sauf à permettre de fiscaliser des revenus « omis » lors de la déclaration de revenus.... Ceci est un autre débat.
Les droits de succession sont par définition un impôt indolore, pour peu que le décès ait été anticipé et que leur montant ne soit pas confiscatoire.
Indolore, car, sans cynisme, ils ne pénalisent plus le défunt, ni les héritiers (on ponctionne des sommes à venir, incertaines et non acquises). On m’opposera que dans le cas d’un décès touchant un père de famille dans la fleur de l’âge, le règlement successoral grève le patrimoine résiduel des survivants (conjoint, enfants).
Ceci n’est qu’en partie vrai. Un certain nombre de mesures existantes ou aisément faisables suffisent à pallier cet inconvénient :
- en premier lieu, du fait des abattements successifs (abattement global de 50 000 €, puis de 76 000 € pour le conjoint survivant et de 50 000 € pour les enfants) la grande majorité des successions ouvertes ne donnent pas lieu à fiscalité successorale (9 successions sur 10 entre conjoints et 8 sur 10 en ligne directe ne sont pas imposables),
- deuxièmement, une multitude de solutions d’ingénierie patrimoniale existe (sans entrer dans le détail, citons l’assurance-vie permettant d’exonérer entièrement 457 500 € de capital successoral pour une personne mariée avec deux enfants, les solutions dites « en vie entière » permettant l’anticipation de la fiscalité successorale pour les personnes susceptibles de devoir y faire face. N’oublions pas, pour les décès prématurés des chefs de famille actifs, le rôle encore trop souvent oublié des contrats collectifs de prévoyance d’entreprise, les garanties sociales reposant sur la Convention Collective des Cadres de 1947, le Code de la Sécurité Sociale, ou les divers accords de branche ou d’entreprise….). Faudrait-il aussi que les notaires jouent pleinement leur rôle de conseil, ce qui pour beaucoup (certes pas tous) n’est plus le cas, car force est de constater que cette profession se déprécie par le numerus clausus qui la maintient hors de portée de toute concurrence, alors qu’elle bénéfice de l’aura du statut d’officier ministériel. A quand la réforme ?
Or, quelle que soit l’étendue de la réduction des droits de succession finalement votée, les donations devront être favorisées. Et ceci pour plusieurs raisons :
- l’espérance de vie croissant, l’âge auquel on hérite ne cesse de reculer. Il est déjà, en moyenne, de 52 ans et certainement plus pour les catégories sociales élevées, bénéficiaires de la majorité du patrimoine successoral global (10% des foyers détenant 46% du patrimoine total des ménages),
- les donations accélèrent la fluidité de la circulation de l’épargne et permettent à des actifs de consommer et d’investir dans leur outil de travail ou dans l’épargne productive (actions et obligations) – quand on sait qu’un tiers seulement des actifs de plus de 55 ans travaille, l’âge successoral moyen de 52 ans s’approche dangereusement d’un « héritage pour retraités » !
- les droits de succession, particulièrement pénalisants pour les patrimoines majoritairement investis en biens immobiliers, génèrent une mobilité forcée de l’épargne vers des supports plus réalisables (on retrouve, sous une autre forme, le faux débat du paysan rétais soumis à l’ISF). L’objectif n’est pas d’inciter à la constitution d’une nation de rentiers locatifs, sauf à recréer le « Père Goriot »,
- ainsi, on redynamise (un peu) l’ascenseur social, par transfert d’épargne intergénérationnel.
Il faut donc encourager les donations entre vifs : c’est l’écart supplémentaire qu’on créera au profit de celles-ci par rapport aux avantages successoraux qui assainira la fiscalité du droit des transmissions à titre gratuit.
En d’autres termes, cela peut être favorable de réduire les droits de succession : la question n’est pas là, mais d’accroître l’avantage comparatif au profit des donations intergénérationnelles.
Cette mobilité du patrimoine entre les générations n’est pas une vue de l’esprit : la donation Sarkozy (jusqu’à 30 000 € de donation par enfant exonérée de droits) a suscité 1,8 million de donations en dix huit mois, soit deux fois la tendance naturelle.
Quand une mesure répond non seulement à un arbitrage fiscal mais à un réel besoin, elle est porteuse de succès.
L’élargissement de la palette d’outils utilisables (donations graduelles et résiduelles, extension des donations aux ordres successoraux élargis, pacte successoral, …) va dans le bon sens.
CONCLUSION :
Je rejoins pour une bonne part les conclusions du député Sébastien Huyghe qui a mis en exergue certains des éléments précités. Il est dommage que pour cause de corporatisme professionnel *, les positions de conviction du député Huygue soient peu reprises dans les média.
* « le mode de taxation est complexe, les taux confiscatoires, jusqu’à 40% en ligne directe, jusqu’à 60% pour les Pacsés et 60% pour les gens non mariés et les célibataires sans enfants, les barèmes sont compliqués » (Mr. Bernard Reynis, président du conseil supérieur du notariat). On était en droit d’attendre une position moins populiste, plus nuancée et étoffée de la part du président d’un ordre professionnel.
Je pense donc quil y a un intérêt économique pour la France à maintenir un différentiel favorable aux donations entre vifs aux dépens de l’avantage successoral. Faire le contraire prêterait le flanc à la critique politique (« la suppression des droits de succession ne bénéficie qu’aux ménages aisés ») mais serait surtout un facteur de blocage supplémentaire dans une société qui en a déjà d’assez nombreux.
18:19 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : droits de succession, projet de loi
Mais qu'est-ce donc qu'un oryctérope ?
Mesurant environ 1,30 m à l'âge adulte, il a une tête très allongée se terminant par un groin tubulaire, de grandes oreilles ressemblant à celles d'un âne. Sa tête est connectée par un court cou à un corps massif et arqué. Il se termine par une queue pointue et musculeuse.
Ses pieds sont pourvus de quatre doigts en avant et cinq en arrière, armés de fortes griffes, ce qui lui permet de creuser le sol ou de fouiller une termitière en un temps record.
Voici à quoi cela ressemble:

MAIS QUEL RAPPORT ENTRE L'ORYCTEROPE ET LA POLITIQUE ?
L'Oryctérope est un animal bizarre, à la croisée des chemins de différentes espèces. Il n'a pas grand chose qui attire l'oeil, est bien laid et arbore cet air stupide qui ne lui a laissé aucune chance parmi les animaux favoris des enfants.
Connu dans les pays anglophones sous le nom vernaculaire d' "AARDVARK ", il a connu son apogée dans les années 70 grâce à une publicité de la marque de cigarettes Benson & Hedges qui, contrainte par la loi à des publicités insipides sur le tabac, avait préféré exposer en affiches grand format un oryctérope en précisant que "puisque la loi ne nous permet pas de vous parler de nos produits, voici un oryctérope". L'animal a donc eu son heure de gloire.
Aujourd'hui, la société civile grouille de blogs et d'opinions dans les media et les sondages. Il faut bien que de temps à autre, un petit oryctérope affiche une pensée à contre-courant, entre ses deux grandes oreilles d'âne, pour faire réagir.
17:55 Publié dans Politique, Un oryctérope, c'est quoi ? | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : oryctérope et politique


