27.06.2007
Du Darwinisme en politique
Les élections législatives des 10 et 17 juin sont intéressantes politiquement à maints égards. Je m'attacherai aujourd'hui à considérer un seul point parmi ceux qui constituent des aspérités remarquables : ce que l'orcytérope appelle le "darwinisme politique".
On assiste à un renouvellement des élus (sauf en âge, la moyenne des députés dépassant les 55 ans: nous avons ainsi un exécutif "jeune" et un législatif "âgé"), surtout en mixité (20% de femmes) et en nouveaux venus. On constate aussi l'échec du retour de certains hommes politiques connus et médiatisés: Alain Carignon, Alain Juppé, Jacques Mellick...
Comme beaucoup, l'oryctérope a un goût amer en lisant ces noms: il n'est pas question de nier ce que l'un a fait pour Bordeaux, ou de revenir sur leurs frasques passées et pour au moins deux d'entre eux, sur leurs aventures judiciaires. Un condamné ayant purgé sa peine ne doit pas subir une double peine. Pour autant, est-ce que les noms de Carignon ou de Mellick peuvent avoir valeur d'exemple dans un univers politique qui doit aspirer à l'exemplarité et à l'impératif de l'intérêt général ?
Sur un autre registre, les oryctéropes parisiens ont bien entendu Alain Juppé annoncer, voici quelques années, qu'il partait en retraite. Bien sûr, comme les chanteurs et les groupes de rock, la tentation est forte de faire un retour quelques mois plus tard, l'opinion publique ayant la mémoire courte. je reviens par amour des Bordeaux et des oryctéropes bordelais affirmait Alain Juppé en substance sur son blog:
"Je m’étais engagé, en décembre 2004, à revenir dès que possible me remettre au service des Bordelais...Oui, j’ai la passion de Bordeaux et j’ai envie de travailler à nouveau, avec les Bordelais, à construire notre avenir...Nous voici donc en campagne. Rien n’est gagné d’avance. C’est avec tous les Bordelais que nous comptons bâtir notre projet pour le Bordeaux de 2015. Je vais donc y consacrer tout mon temps et toute mon énergie." [sic, Alain Juppé, le 30 août 2006]
Que le temps passe vite, foi d'oryctérope !
Comment faire croire alors aux oryctéropes gascons que neuf mois plus tard, l'appel de Paris serait prioritaire ?
Quelle que soit la beauté d'un animal, c'est sa capacité d'adaptation, sa mémoire génétique en quelque sorte, qui lui permet de survivre. La théorie de Darwin dénombre tant d'espèces sympathiques (le dodo à l'île Maurice en étant un malheureux exemple) qui n'ont pas eu l'intelligence de l'oryctérope. Mieux vaut moins pavaner devant les cochons et savoir (un peu) griffer. Aujourd'hui, plus de dodo; l'oryctérope va bien, merci.
En politique, Darwin, c'est s'adapter à une exigence et une intelligence croissantes de l'électorat.
Phase 1: comprendre qu'avec les média et la culture de l'écrit, il n'est plus possible de compter sur l'oubli.
Phase 2: ce sera de prendre en compte le changement profond du rôle des députés dans le régime présidentiel issu des urnes le 6 mai.
Ainsi, les députés qui ne comprendront pas que leur rôle est aujourd'hui amené à être tout autre, et que l'exigence de l'électorat est croissante, négligeant ainsi les deux phases ci-dessus, finiront comme le dodo... ou comme Messieurs Carignon, Juppé, ou Mellick.
C'est ainsi que les faits nous rappellent que, quoi qu'on en dise, le vote populaire est bien, par "darwinisme politique", la meilleure forme de sélection des hommes qui nous gouvernent.
18:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Darwin, politique, députés


